RH RIVIERA HERITAGE
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Route sinueuse entre des parois de roche rouge, une végétation verte et un ciel bleu.

« Le Parfum du rouge et la Couleur du Z »

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Une couleur peut nous sembler apaisante, solennelle, joyeuse ou inquiétante avant même que nous puissions dire d’où vient cette impression. Nous lui reconnaissons aussitôt une tonalité affective, comme si la nuance portait déjà un sens. Pourtant, ce que nous ressentons devant une couleur a une histoire : celle des images que nous avons rencontrées, des conventions que nous avons apprises et des événements qui l’ont liée, pour chacun de nous, à une expérience.

Le titre du livre de Laurent Cohen, Le Parfum du rouge et la Couleur du Z, m’a offert un point de départ pour cette réflexion. Les récits neurologiques réunis dans cet ouvrage ouvrent des questions sur la perception et sur les relations entre ce que nous voyons, reconnaissons et vivons. À partir de là, je souhaite explorer la manière dont la couleur acquiert une signification affective et en vient à participer à notre vie intérieure.

Il existe un langage des couleurs que nous recevons avec le monde dans lequel nous grandissons. Nous le rencontrons dans les vêtements, les rituels, la peinture, les objets du quotidien et jusque dans les expressions par lesquelles nous parlons des émotions. Nous apprenons à lire certaines couleurs comme des signes de fête, d’autorité, de danger ou d’intimité. Ces significations circulent avec une telle évidence que nous nous demandons rarement comment elles se sont formées et dans quelles circonstances elles pourraient être lues autrement.

À ce langage commun se superpose un langage personnel, fait d’associations qui ne sont pas toujours faciles à expliquer. Pour quelqu’un, un jaune peut conserver la lumière d’une maison aimée ; pour un autre, la même nuance peut rappeler une pièce où il s’est senti seul. Un bleu peut ouvrir une sensation de lointain ou rendre proche un objet familier. Parfois, nous savons d’où vient l’association ; parfois, nous n’en ressentons que l’effet, sans pouvoir retrouver la scène où elle a pris naissance.

Ces deux registres s’entrelacent. L’expérience personnelle peut renforcer une signification culturelle, la modifier ou la contredire. C’est précisément cet espace qui m’intéresse, où le sens d’une couleur reste ouvert à l’interprétation, alors même que notre réaction semble immédiate. Les recherches sur les associations entre couleurs et émotions mettent en évidence à la fois des régularités communes à différentes populations et des différences liées au contexte linguistique et géographique. Ce que nous partageons n’efface pas la singularité de chaque expérience.

Il importe également de distinguer l’émotion que nous associons à une couleur de l’état que nous éprouvons réellement en sa présence. Nous pouvons juger une couleur joyeuse sans qu’elle nous rende joyeux à un moment donné. Nous pouvons qualifier une nuance de calme et pourtant la ressentir comme froide ou distante dans un certain espace. Cette différence m’intéresse parce qu’elle maintient ouverte la relation entre le langage, l’attente et l’expérience concrète.

En peinture, ces relations deviennent encore plus mouvantes. La couleur se présente dans une matière, sous une lumière et au voisinage d’autres couleurs. Un rose transparent peut suggérer une fragilité que la même nuance, posée en couche épaisse, ne possède plus. Un vert peut paraître frais, lourd ou étrange selon la surface qu’il occupe et ce qui l’entoure. En travaillant, je découvre que la tonalité affective d’un tableau se forme à travers ces rapports, par la manière dont les couleurs se soutiennent, s’interrompent ou modifient mutuellement leur intensité.

Cette réflexion a aussi rejoint le souvenir d’une exposition que j’ai vue à Monaco, Couleurs !, au Grimaldi Forum. Dans les espaces monochromatiques de l’exposition, l’expérience visuelle était accompagnée de parfums créés par Alexis Dadier en collaboration avec Fragonard. À chaque univers chromatique répondait une proposition olfactive, de sorte que la couleur pouvait être rencontrée par plusieurs sens.

L’idée de composer un parfum pour une couleur ouvre un territoire que j’aimerais explorer davantage. Que choisissons-nous d’exprimer d’un rouge lorsque nous lui cherchons une odeur : la douceur, la chaleur, la sensualité, la violence ? Quelle expérience du vert souhaitons-nous évoquer par un parfum : la feuille froissée, l’humidité d’un jardin, la fraîcheur ou une certaine amertume ? Chaque choix constitue déjà une interprétation, qui rend visible — ou perceptible autrement — l’une des possibilités de la couleur.

Dans la présentation du projet par Fragonard, le rouge se construisait par la rencontre de notes de fruits rouges, de cassis et d’accents évoquant le sang. Cette composition cherchait à exprimer l’ambivalence d’une couleur où le plaisir et l’intensité peuvent se rapprocher de l’inquiétude. Ce qui m’intéresse ici, c’est la manière dont le parfum peut déplacer la lecture de la couleur : ce que nous voyons et ce que nous sentons en viennent à s’interpréter réciproquement.

C’est de la rencontre de ces questions que se développera ma nouvelle collection. Je souhaite explorer la couleur à travers son histoire, la manière dont nous la percevons et les associations affectives que nous construisons autour d’elle. Son histoire matérielle m’intéresse également — les pigments, les surfaces et leurs usages — ainsi que les significations qu’elle reçoit à différentes époques et dans nos vies.

Dans ce parcours, la relation au parfum occupera une place particulière. J’aimerais chercher comment une sensation olfactive peut accompagner une expérience chromatique, la renforcer ou l’orienter dans une direction inattendue. La peinture sera le lieu où ces rapprochements seront mis à l’épreuve, dans une attention à ce qui apparaît effectivement dans l’œuvre et à la liberté du regardeur de les éprouver à sa manière.

Les couleurs nous accompagnent dans nos choix les plus ordinaires : dans ce que nous portons, dans les pièces où nous nous sentons bien, dans les objets que nous conservons et dans les images vers lesquelles nous revenons. Par elles, nous nous exprimons, nous nous orientons et nous donnons une atmosphère aux lieux que nous habitons. La nouvelle collection prendra pour point de départ cette présence quotidienne, souvent inaperçue, pour interroger la manière dont la couleur nous devient familière et dont, parfois, une rencontre avec elle peut transformer notre façon de ressentir le monde.

Laura & Baston

RIVIERA HERITAGE

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